Seyðisfjörður

Note de Martial, rédacteur.

Les cotes islandaises sont en grande partie découpées par une succession de fjords. Seule la partie Sud en est dépourvue (un fjord est en train de se former à Jökulsárlón). Coté Est les fjords sont bien alignés les uns après les autres. Au Sud, ils finissent à Djúpivogur, avec le profond fjord de Berufjörður, et le Hamarsfjörður, dernière entrée de mer praticable.

Seyðisfjörður est l’un des plus grand après Reydarfjörður. Par sa configuration étroite, sa grande longueur et sa profondeur, il s’avère être un des meilleurs mouillages pour le trafic maritime dans cette région. A condition d’éviter le piège mortel à l’entrée du fjord que sont les remontées de roches toujours plus ou moins présentes dans ces formations glaciaires. Le Sterling, l’express côtier, y est échoué quand Rouquette arrive. Le ravitaillement par la mer des nombreux villages tout autour de l’Islande a été, jusqu’aux années 2000, le principal moyen de transport des marchandises. Puis l’amélioration du réseau routier a totalement changé ce système ancestral.

Seyðisfjörður1922

Seyðisfjörður, c’est aussi le nom de la petite ville. La route d’accès est assez difficile à parcourir en hiver car il faut passer par un col d’altitude souvent enneigé. La descente de part et d’autre est vertigineuse. Comme dans tous ces coins isolés la population diminue inexorablement, beaucoup de gens se sont déplacés à Egilsstaðir. Heureusement, le ferry Norröna de la compagnie Smyril Line, en venant toutes les semaines d’été, donne un peu d’activité aux habitants.

Un fjord très encaissé.

Le travail des poissonneries a été très important en ce lieu. Quand la pêche aux harengs s’est effondrée à Siglufjörður, elle est repartie de plus belle ici. Entre temps ces poissons avaient changé de lieu de frai. J’ai travaillé dans l’encacage de ces poissons en 1982, à Eskifjörður, un peu plus au Sud. L’encacage est la mise en bain de saumure des harengs qui est un moyen de conservation. Un marché porteur en direction des pays de l’Est, surtout de la Russie. Nous utilisions alors des tonneaux en bois. Les importants empilements de tonneaux sur les quais, parfois dans un grand désordre, rappelait les grandes périodes passées de l’industrie du hareng dans le Nord.

Les barils a remplir de harengs et de saumure. Eskifjörður 1982

Fortunes éclairs et faillites aussi rapides, avec là aussi des conditions de travail ardues (A retrouver dans le roman Karitas, Kristín Marja Baldursdóttir, Gaïa édition*) Le débarquement des chalutiers se faisait à toute heure du jour ou de la nuit. Les cargaisons ne pouvaient pas trop attendre car les poissons étaient entassés au delà du raisonnable dans la cale et sur le pont des bateaux. C’était vraiment impressionnant de les voir arriver chargés au maximum, au risque de chavirer au moindre coup de mer.

1922 l’église a pivoté de 90° depuis
1981

La petite ville a gardé son charme ancien avec un grand nombre de maisons en bois et tôles en bord de mer. Elles sont identiques à celles vues par Rouquette. Par contre si l’église est bien la même elle a été déplacé depuis. Bâtie en 1886, elle a subi un incendie en 1986 et a été reconstruite à l’identique en 1990.

Les maisons en terre de Nedri Buð, citées dans le roman, ont disparu.

Nedri Buð

L’auteur n’aura pas vu les grandes évolutions de ces petites villes, comme dans le reste de l’Islande, avec le développement de l’industrie de la pêche et toutes les ressources financières qui en découlent. Pendant la seconde guerre mondiale, l’occupation par les troupes anglaises qui fortifient les entrées des fjords, oblige les fermiers à se déplacer et à aller s’installer dans la ville. Seyðisfjörður est un des rares endroits du pays qui a subi un bombardement de la Luftwaffe. Un bateau, El Grillo ( c’est aussi le nom de la bière locale), a été coulé dans la rade et a provoqué une marée noire qui a exterminé toute l’avifaune marine.75ans après, le bateau est toujours là, gisant sur le fond, avec des cales pleines de pétrole qui menacent de s’ouvrir à tout moment. A Skálanes, un homme extraordinaire, Willi (un grand connaisseur de l’avifaune et de la nature islandaise) a oeuvré pendant des années pour rétablir un équilibre naturel dans le fjord meurtri. Les oiseaux sont revenus nicher et la vie animale a repris. Willi est maintenant à Djúpivogur, dans sa maison rouge. Il faut lui rendre visite et prendre le temps de voir ses expositions d’objets, sculptures et surtout de parler avec lui. Skálanes* est aujourd’hui un centre d’étude sur la nature, un lieu calme et grandiose.

Seyðisfjörður est un très bel endroit où l’intime jonction de la mer et des montagnes prend toute sa valeur. L’effet extraordinaire que l’on ressent en entrant par mer dans ce fjord sinueux et encaissé, dominé par de hautes montagnes de 1000 m d’altitude, invite à sa découverte. De nombreuses randonnées sont possibles et parfois il faut franchir de hauts cols. Le trek** vers Borgarfjörður Eystri, en passant par Loðmundarfjordur est un des plus attrayant. Au plus passage entre les pics rocheux, mon fils avait découvert un obus qui se révélera provenir de la DCA des britanniques des années 40. Le service de déminage islandais l’a fait exploser pour sécuriser le passage.

Des criques, des plages noires, des oiseaux, ces côtes Est peu visitées et éloignées de tout, de plus en plus désertes, restent mes endroits favoris de l’île.

Attention au brouillard qui souvent arrive de la mer et brouille les pistes. Arnaldur a écrit un roman dont l’intrigue sont les disparitions des personnes dans ces lieux, Furdustrandir, Etranges Rivages, traduit de l’islandais par Eric Boury | éd. Métailié.

Dans son récit Rouquette ne parle pas d’un fjord qui pourtant est cher aux marins-pêcheurs français, Fáskrúðsfjörður. Il est aujourd’hui la référence dans l’histoire des pêcheurs d’Islande, des relations franco-islandaises au travers de cette activité de pêche qui est devenue importante pour le développement du pays. Ce fjord est très proche de Seyðisfjörður, au Sud, et il abrite une petite population qui garde un amour intact pour ces/ses marins-pêcheurs. Un vrai hôpital français accueillait les malheureux marins blessés, lors de la relâche des goélettes dans ce port. On est là dans une autre période: la fin du XIX ème siècle. Les bateaux à voile sont nombreux, des goélettes viennent essentiellement de Paimpol en Bretagne. Mais aussi d’ailleurs car, dans le petit et émouvant cimetière à l’entrée du village, on peut lire sur les croix blanches aux noms de bretons quelques noms belges.

Après avoir été une école puis abandonnée et en ruine, devenu hôpital, cet édifice est aujourd’hui transformé en hôtel de luxe. Les chambres sont des plus confortables, voire même chaleureuses. C’est très émouvant d’y loger et de penser aux douleurs et misères des malades, marins loin de chez eux, de leurs familles, qui pour beaucoup ont vécu là les derniers instants de leurs vies.

Le musée donne la pleine sensation de la vie des ces marins-pêcheurs. Promiscuité, harassement, fatigue, douleurs, mais avec cette volonté pour les pêcheurs d’accepter cette rudesse et d’en être fiers. Des vies qui ont marqué l’histoire. La morue salée, le stockfisch, ont rythmé les repas des vendredis de nos anciens. La brandade est née de ces poissons venus du Nord. Le sel des marais salants du Sud de la France permettait cette économie. Ce trafic Nord Sud est resté dans nos mémoires. Le «Pêcheurs d’Islande» de Pierre Loti n’en est que l’écume.

Rouquette arrive en Islande à la fin de la période «pêche à Islande». Les goélettes ont laissé la place aux chalutiers à vapeur.

L’origine fécampoise de ces pêcheurs est rarement citée dans l’histoire.

Vestdalseyri, le quartier des marins pêcheurs français.

Les marins sont cantonnés sur une petite avancé de dépôt de mer appelée Vestdalseyri. Il ne reste que le soubassement en béton des maisons de l’époque. Aujourd’hui le coté isolé et désertique de cette place, très plate, quasiment au même niveau que de la mer, contraste avec l’activité bouillonnante que Rouquette décrit. Les marins en bordée, devaient pleinement profiter de ces moments de relâche. Laver son linge, faire la fête, les corps meurtris et douloureux profitent du court repos pour retrouver la vigueur nécessaire à la suite de la campagne de pêche avant le retour définitif.

Tout autour de l’île, la rencontre avec les habitants a laissé des traces. Peysa-paysan, biski, alapatri ! Et quelques quelques idylles ou flirts, plus ou moins acceptées, plus ou moins intimes. Des enfants vont naitre de ces courtes rencontres. C’étaient aussi des temps plus tristes avec les enterrements de ceux qui ne reviendront pas. Il y a à Seyðisfjörður, une vieille maison que l’on m’a indiqué comme l’ancien hôpital des Français. Guère mentionné dans l’histoire des pêcheurs d’Islande, ce bâtiment était-il une annexe médicale, une infirmerie ? Cela demande confirmation.

Rouquette partira de Seyðisfjörður, pour la traversée du pays. Combien depuis, de milliers de touristes sont arrivés à Seyðisfjörður par bateau avant de partir à l’intérieur des terres en quête d’aventures comme notre écrivain !

à suivre / eftirfarandi texta…

Dans la série “Trapped” (Ófærð), saison 1, Seyðisfjörður et Siglufjörður se retrouvent car si l’histoire est supposée se passer dans la première ville, elle a été tournée dans la seconde.

* Skálanes : http://skalanes.com/

**Trek : https://www.nat.is/vikur-trails/

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